Des baisers au goût amer
Dans le cadre de la journée mondiale contre l’homophobie, le kiss-in prévu place St Jean n’a pas pu se dérouler dans des conditions normales à cause de la connivence entre les contre-manifestants ultras-catholiques et la préfecture.
Mardi 18 mai, place St Jean, le kiss-in a rassemblé plus de 400 personnes. La manifestation légale, qui consiste à s’embrasser pendant 2mn 30, devait se tenir samedi 15 mai. Mais suite au déferlement de haine des ultras-catholiques sur le net (voir ici, ou ici), elle a dû être reportée, les organisateurs craignant pour la sécurité des participants. A l’appel d’associations (Lesbian and Gay Pride de Lyon, Forum Gay et Lesbien de Lyon, LGBT, Ligue des Droits de l’Homme, SOS Racisme, FSU…), le kiss-in a donc bien eu lieu mais on a pu voir seulement quelques baisers échangés afin de sensibiliser à la lutte contre l’homophobie.
En face, de 100 à 200 militants d’extrême-droite, comprenant des jeunes identitaires (voir sur le site de Rebeyne) et des ultras catholiques, motivés par la déclaration du Cardinal Barbarin dans Le Progrès qui appelait à annuler le kiss-in : « Pour éviter les violences et les provocations qui risquent de se produire, condamnables les unes comme les autres, je souhaite que ce rassemblement n’ait pas lieu devant la Cathédrale. »
Tandis que se mêlaient, dans le camp ultra-catholique, saluts nazis et prières agrémentées de slogans tels que « 1re, 2e, 3e génération, nous sommes tous des enfants d’hétéros » ou encore « Saint-Jean est à nous », les associations de lutte contre l’homophobie attendaient que soit évacuée la place afin que la manifestation légale ait lieu comme prévu.
Mais l’ordre d’évacuer la place et de faire respecter la loi n’est jamais venu de la part du préfet. Rappelons que Jacques Gérault était directeur adjoint de cabinet du ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire Nicolas Sarkozy en 2007. Il a d’ailleurs été qualifié par la foule de « préfet homophobe et collabo »… Maxime, un des co-organisateur de l’évènement est venu au kiss-in afin de « faire respecter la liberté, la constitution et les droits de l’homme » et rappelle que la provocation ne vient pas d’eux, mais des ultras-catholiques « qui ne devraient pas être là ».
Après plusieurs heures d’attente, de chants, de slogans, mais aussi d’invectives de la part des deux camps, les forces de l’ordre ont chargé d’abord les manifestants légaux sans sommation. Une quinzaine de policiers ont même gazé des manifestants pour les droits des homosexuel-le-s et de l’égalité, pourtant totalement pacifistes et qui n’ont pas cédé à la violence. Ils ont ensuite fait évacuer la contre-manifestation. Les manifestants d’extrême-droite ont eux aussi été gazés, par la suite et deux d’entre eux, beaucoup plus virulents, ont également été interpellés.
Emmenée par les filles très motivées et très visibles (banderoles, masques, chants…) du Pink Bloc, la manifestation s’est ensuite déplacée jusqu’à Bellecour avant de se terminer à Guillotière. Le dégout était palpable dans les commentaires de fin de rassemblement, mais aussi la fierté d’avoir réussi à lutter contre l’obscurantisme.
Sylvain O. (texte, photos et vidéo)




Bonjour,
Je suis un des co-organisateurs de l’événement, le jeune qui était présent au nom de votre structure pourrais-t-il me contacter s’il vous plaît. Nous aurions besoin des ses photos.
Amicalement,
Maxime
Complément d’information:
Benjamin et Thomas Pouzin, du groupe de musique catholique lyonnais Glorious, ont adressé une « Lettre ouverte à notre frère homosexuel » dans le journal Le Progrès, publié en intégralité sur le site http://www.leprogres.fr. « Nous avons honte et nous sommes choqués » affirment-ils. Les deux leaders critiquent fermement le comportement affiché par les catholiques ultras au Kiss in de Lyon, évènement pacifique et légal organisé par la communauté homosexuelle: « Ce sont des identitaires, des extrémistes, des militants politiques qui n’attendent que ce genre de manifestation pour exister. Ils font leurs nids dans ces rassemblements. » Benjamin et Thomas comprennent tout à fait « qu’ils existent, qu’ils manifestent, qu’ils contre-manifestent » car « c’est leur droit le plus total », mais refusent énergiquement que l’ensemble de la communauté catholique soit assimilée à ce type de radicalisme et d’intégrisme. Une lueur d’espoir qui rappelle que parfois religion peut rimer avec tolérance et ouverture d’esprit.
Alizée S.
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