Le 1er parti des 18-30 ans en Scandinavie enfin créé à Lyon
Premier parti des 18-30 ans et troisième parti en terme d’adhérents en Suède ou en Finlande, le Parti Pirate (PP) débarque à Lyon avec ses thèmes de prédilection : la refonte du droit d’auteur, la défense de la vie privée et des libertés, la lutte contre la surveillance de masse sur Internet et dans la vie courante. Connaîtra-t-il le même raz-de-marée que chez nos voisins du nord ?
Damien Clauzel est chargé de l’arrimage du Parti Pirate (PP) à Lyon. Spécialiste de l’interaction homme/machine, il enseigne et cherche au Liris (Laboratoire d’InfoRmatique en Image et Systèmes d’information).
Comment est né le parti Pirate (PP) lyonnais ?
En discutant sur Internet. Forums de discussion, listes de diffusion, courriers électroniques, visioconférences, messageries instantanées, blogs, wiki, sites web… tous les moyens modernes qui permettent de communiquer sont utilisés. On a rassemblé un noyau dur d’une dizaine de personnes fin 2009. Début 2010, on s’est plus fortement impliqué. Le parti Pirate est connu surtout sur les campus, par les personnes orientées dans le milieu universitaire et technologique. Jusqu’à 35 ans, il y a un réel intérêt pour ce mouvement.
Comment avez-vous connu le parti ?
J’ai vu émerger le mouvement en 2006, à l’étranger notamment, par les questions du logiciel libre : contre l’extension du copyright, la sécurisation à outrance… On a vu un peu partout dans le monde des réflexions, des débats, des idées, des travaux pour défendre les libertés individuelles et la vie privée sur le net.
Aviez-vous déjà milité avant ?
Pas dans le sens classique. Je suis fortement impliqué dans les logiciels libres, la gestion des droits d’auteur autrement que par le copyright déposé. C’est une action politique dans le sens où ça traite des choses de la cité.
Pourquoi cet engagement ?
Le copyright nuit aux droits des consommateurs. Les entreprises lèsent les citoyens qui ont acquis un bien légalement. Ils disent « non, tu n’as pas le droit de lire ton DVD sur ce support, tu ne peux pas le partager avec tes amis, tu n’a pas le droit d’étudier comment fonctionne ce logiciel ou d’en faire une copie ».
Qui sont les membres du parti ?
Les gens qui arrivent au parti viennent de tous les horizons. Chacun apporte sa pierre à l’édifice : des personnes théorisent, d’autres apportent leur expertise technique, des graphistes font des logos, des plaquettes, des affiches, des flyers, des juristes travaillent sur les textes de lois… C’est un effort coopératif, un grand brassage. Chez nous, le plus compétent et le plus motivé prend les responsabilités. On n’a pas de poids historique, comme dans les autres grands partis, pas de privilèges, de postes ou de rémunérations à maintenir, de hiérarchie pyramidale avec un chef, sous-chef, qui dicte et impose. Allez imposer quelque chose à un pirate !
Amelia Andersdotter est députée européenne du parti Pirate suédois. Elle n’a que 23 ans.
« On est instantanément en relation avec tous les pirates du monde entier ! »
Quelles sont les formes d’actions que vous privilégiez ?
Les actions se font surtout au travers du net, puisque c’est un outil que l’on maîtrise et qui permet, à un faible coût, des actions de masse. Contacter des députés nationaux ou européens, discuter avec les autres partis Pirates dans le monde, avec d’autres associations, d’autres partis politiques… C’est l’avantage du net. On est instantanément en relation avec tous les pirates du monde entier ! En une demi-heure, l’information fait le tour du monde, est reprise, adaptée, traduite, partagée, analysée, décortiquée.
Le parti Pirate est-il de gauche ou de droite ?
Il est pirate ! Le débat dure depuis un petit moment. Récemment certains partis ont dit que les pirates étaient de gauche, ou qu’ils étaient avec les Verts, qui combattent depuis longtemps pour les logiciels libres. Mais certains pirates se réclament de l’UMP, bien qu’ils se disent contre HADOPI. On est dans un esprit de diffusion. On dit aux autres partis : reprenez nos idées, partagez-les, communiquez ! Notre volonté n’est pas pour le moment de se faire élire.
Pourquoi n’avez-vous pas présenté de listes aux régionales ?
On s’est rassemblé en janvier, donc pour déposer la liste en février, c’était un peu juste ! A-t-on les moyens, l’envie de s’engager pour un travail aussi lourd, a-t-on assez d’expérience politique ? Pas vraiment… Dans les pays du nord, les élus sont souvent plus jeunes que nos dinosaures qui passent de sièges en commissions, puis en assemblées. On a préféré faire du lobbying, de la formation. On va plutôt chercher à débattre. On veut voir si les personnes qui se présentent ont vraiment des idées sur les sujets qui nous sont chers.
Comment se fait-il que les Pirates mettent toujours en avant l’aspect humain, alors que l’on peut avoir le sentiment qu’ils fuient derrière leurs machines ?
Toute technologie est à finalité humaine. Au bout de la chaîne, il y a toujours un être humain et un partage entre êtres humains. La technologie ne fait que suivre les envies et les besoins. Pourquoi des industriels veulent bloquer ce changement des comportements ? Les majors n’ont pas su adapter leur modèle économique.
« La grande force du Parti Pirate, c’est sa maîtrise des outils de communication »
On a maintenant deux choix : soit on adapte l’économie à la société, soit on bloque la société pour rester dans le même modèle économique. Nous, on ne demande que ça, d’aider à faire évoluer le système économique. On a des spécialistes dans ces domaines, que ce soit au niveau technique ou juridique. Mais les majors manquent à l’appel, contrairement aux labels indépendants, qui utilisent des formes alternatives du droit d’auteur, qui encouragent à la diffusion et à la reprise d’œuvres de leurs artistes, afin d’inciter à aller aux concerts, à vendre des goodies (T-shirts, tasses, posters, concerts privés…). Le disque, les cassettes, les cd ou la radio n’ont pas tué les concerts, l’ouverture sur le net de la musique ou de la vidéo ne vont pas tuer les artistes. Les producteurs, peut-être, du moins leur modèle économique, mais pas les artistes. Il n’y a jamais eu autant de concerts, de labels indépendants, de partage, de jeunes artistes qui se font découvrir. On n’a jamais eu une offre artistique aussi riche dans l’histoire de l’humanité !
Les Pirates agissent-ils toujours en toute légalité ?
En tant que parti, on s’inscrit totalement dans la légalité simplement parce qu’on n’a pas besoin d’en sortir. Lorsque vous avez des dizaines de milliers de citoyens en Europe qui écrivent à leur député européen, comme c’est arrivé récemment, les eurodéputés se sont plaints que leurs faxes ou leur boîtes électroniques étaient surchargées par les protestations. Impossible pour eux d’ignorer ces actions spontanées et légales. La grande force du parti Pirate, c’est sa maîtrise des outils de communication. On a des pratiques actuelles, et quand on voit ce que nous proposent les partis traditionnels, il y a des révoltes citoyennes. Même si en France, ceux qui votent sont surtout des retraités, quand la jeunesse bouge, elle est écoutée.
« On n’a jamais eu une offre artistique aussi riche dans l’histoire de l’humanité ! »
Que pensez-vous des lois françaises qui concernent les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) ?
Toutes les lois préparées et votées actuellement sont obsolètes et inapplicables. Outils, pratiques, comportements ou économies, ce n’est même pas un métro de retard, mais trois, quatre ou cinq ! Ce qui est proposé actuellement ne sert à rien. C’est pour cela qu’on ne s’inquiète pas trop. On sait que les citoyens ne pourront être pénalisés. C’est un peu comme les lois sur les rassemblements dans les halls ou la consommation de cannabis, on fait quelques cas pour l’exemple, mais cela n’influe pas sur la société.
« Quand la jeunesse bouge, elle est écoutée »
Après, cela reste un problème, puisque ça va dans le sens du flicage systématique et de la violation de la vie privée des citoyens dont on espionne le comportement, à qui l’on impose des usages, des pratiques et des modes de vie en société, ce qui retreint très fortement les libertés individuelles. Pourquoi, malgré toutes les alertes, les remontées d’informations d’associations, de citoyens, de travaux qui ont été repris par des députés, ces lois ont été imposées par la majorité ? On sait qu’il y a du lobbying de la part des majors. Des rapports publiés par des experts contiennent des copiés/collés massifs de déclarations faites par des maisons de disque. Universal ou Bouygues n’ont jamais fait de déclarations officielles, mais on peut prouver leur lobbying…
Interview réalisée en mars 2010 par Sylvain O.
« Les caméras ne protègent de rien ! »
« Injustifiable», c’est en ces termes que Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, condamne l’utilisation massive de vidéosurveillance (voir aussi dans Lyon Capitale). Une position qui tranche fortement avec celle de Gérard Collomb…
Que pensez-vous de la politique lyonnaise de vidéosurveillance ?
Gérard Collomb, le maire de Lyon, a fortement investi dans la vidéosurveillance. Je parle de vidéosurveillance et non de vidéoprotection, puisqu’on n’a jamais vu une caméra descendre de son socle et aller arrêter les gens ou s’interposer dans une bagarre ! Les caméras ne protègent de rien. Ce n’est pas un bon investissement. En tant qu’universitaire, j’ai recherché dans des publications scientifiques l’impact sociologique des systèmes de vidéosurveillance. Augmentation, déplacement, effets bénéfiques, aggravation… Je n’ai pas eu de réponse positive. Au mieux c’est neutre, il n’y a pas vraiment d’effet sensible, de variation statistique. Au pire, la criminalité n’a pas baissé mais a été déplacée dans des zones sans caméra. En tant que chercheur, scientifiquement, je ne trouve pas d’étude qui mette une amélioration en évidence. Bien au contraire.
« Villeurbanne a fait le choix de ne pas utiliser la vidéosurveillance »
Si la délinquance se déplace, ne faudrait-il pas mettre des caméras partout afin de la neutraliser ?
Techniquement, vu la multitude de sources collectées à traiter, on ne pourra pas faire ça avant 10 ans puisqu’on ne sait pas analyser l’image de la vidéo automatiquement. Ça demande beaucoup de moyens humains pour étudier et archiver ces vidéos, et ça coûte cher. Plutôt que de mettre huit heures une personne devant des écrans, ne vaut-il pas mieux mettre huit heures une personne dans la rue, dans les transports ou devant les écoles ? On trouve Gérard Collomb très très léger sur ces questions.
Il faut voir aussi l’obsolescence technologique. C’est-à-dire, quelle est la durée de vie des systèmes que l’on met en place aujourd’hui ? Combien de temps va-t-on pouvoir les utiliser avant qu’ils ne tombent en panne ou ne deviennent obsolètes ? 3, 5 ans ? Si l’on n’a pas d’analyse ou d’étude des besoins sur le long terme, ne va-t-on pas dépenser beaucoup d’argent sur du matériel qui deviendra inadéquat par rapport aux nouveaux besoins identifiés ?
Pourtant, la tendance est à la généralisation de la vidéosurveillance…
Mis à part pour la sécurité routière ou les sites sensibles, Villeurbanne a fait le choix de ne pas utiliser la vidéosurveillance. Au contraire, il y a eu un investissement dans la police municipale et l’accompagnement de proximité. C’est en opposition par rapport à ce qui se fait à Lyon. Gérard Collomb est-il conseillé par certains industriels ? Je ne sais pas…
Hors-texte de Sylvain O.
Liens :
Pour en savoir plus sur la jeune députée européenne du PP : http://fr.wikipedia.org/wiki/Amelia_Andersdotter
Le site régional du PP : http://rhone-alpes.partipirate.org/
Le site national du PP : http://www.partipirate.org/blog/index.php




Bon et long papier ! C’est ce que j’aime sur Internet : ne pas avoir à dépendre d’une quantité de place.
Bonne continuation pour ce tout jeune site Sylvain !
Loïc
Merci beaucoup pour ce 1er commentaire Loïc!
Ouais! Top! Et j’ai appris plein de choses…
Très intéressant!
Merci!
Il y aura bientôt d’autres articles sur les nouvelles technologies!
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