« il serait bon d’avoir une visibilité et un contrôle»
Google aura bientôt numérisé toutes les grandes villes du monde. Big Brother is watching you? Interview du Parti Pirate Rhône-Alpes (son et images).
Le contexte:
Lors du conseil municipal du 14 septembre, Étienne Tête, élu local écologiste, a poussé un coup de gueule contre le maire de Lyon, Gérard Collomb. Le sujet de cette colère: Google Street View, recense la ville de Lyon alors que le 4 juin 2010, la firme américaine a été contrainte de livrer à l’Union-Européenne deux disques durs contenant des données privées. Mots de passe d’accès à des boîtes mails, et extraits de contenus de messages électroniques, ont été enregistrés «à l’insu des personnes», affirme la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), qui a carrément mis en demeure la société américaine et lui a demandé d’arrêter ses collectes d’informations, qui ne respectent pas la loi Informatique et Libertés… sans réaction pour l’instant de la part de Google.
S.O.
Damien Clauzel est chargé de l’arrimage du Parti Pirate (PP) à Lyon. Chercheur en informatique tourné vers l’humain, il travaille tant à l’université qu’en entreprise (twitter).
Bastien Arnette est étudiant en informatique réseau (site personnel).
Free-Landz: Que font exactement les Google cars? Comment se déroule le recensement d’une ville par Google Street?
Damien Clauzel: Google, directement ou par sous-traitance, sillonne les routes de France et les petits chemins, de façon à réaliser une cartographie visuelle et à accumuler des connaissances pour alimenter des bases qui vont permettre de créer des services innovants. Donc ça, c’est plutôt bien. 
Tant qu’à faire, puisqu’une voiture sillonne les routes de France, Google ne se contente pas juste de prendre des photos. Ils bourrent un tas d’appareils dedans, de façon à faire du repérage. Avec notamment des capteurs GPS, mais aussi des capteurs radio, qui vont faire le repérage des antennes téléphoniques, de façon à faciliter la triangulation et à repérer où sont les zones « d’ombre », où le signal passe bien, quel opérateur est disponible dans tel endroit…
Free-Landz: Ils ont des contrats avec les opérateurs de téléphonie?
Damien Clauzel: Peut-être, on est pas dans les contrats. Mais ce sont des informations qui sont utiles à Google pour savoir faire de la triangulation. Pour aider à trouver du réseau, par exemple. Pareil pour le wi-fi.
Chaque fois que la voiture croise un réseau wi-fi, elle essaie de se connecter. Elle émet des requêtes pour voir ce qui se passe sur le net. Mais ce n’est pas une volonté manifeste d’intrusion ou d’espionnage.
Bastien Arnette: Ils ne stationnent pas devant la borne du particulier, donc la quantité d’informations qu’ils vont avoir ne sera pas suffisante.
Damien Clauzel: C’est à la volée, un peu comme quand on se met à la fenêtre de la voiture et qu’on regarde passer les gens sur le trottoir.
La question de l’oubli de ces informations, ça c’est autre chose. Là, on ne peut pas savoir, mais je ne pense pas qu’il y ait une volonté manifeste de Google d’espionner. Ce sont des données techniques utiles aux informaticiens.
Free-Landz: Mais les informations se vendent. Par exemple Google pourrait revendre des informations que les gens ne veulent pas voir diffusées. Par exemple, si je suis chez moi et que je suis sur un site considéré comme dangereux ou interdit et que la Google Car passe, est-ce que cette information peut être divulguée? Il y a aussi le risque que dans l’entreprise un employé copie les données et les revende…
Damien Clauzel: Il y a un risque à l’intérieur des entreprises. Mais là, c’est par des commissions d’enquête, des procédures internes, des comités d’éthiques au sein des entreprises… c’est vrai qu’on a aucun regard à l’intérieur de Google. On a que leur parole et les enquêtes des différents gouvernements, qui posent des questions.
Il y aurait un intérêt commercial à condition que la voiture passe devant chez vous tous les jours… mais ça coûte plus cher! Et puis ce serait illégal. Ce serait de la violation de vie privée.
Free-Landz: Google possède-t-il toutes les autorisations légales pour obtenir ces données? Quel contrôle, quelle vérification pratiquent les autorités sur ces recensements de villes?
Damien Clauzel: Google est soumis à la législation et n’opère pas en dehors de tout contrôle. Pour l’instant, Google est dans la légalité: ce qui n’est pas strictement interdit est donc autorisé. Il y a un floutage des visages, des plaques d’immatriculation et de certains bâtiments. Il y a aussi un bouton pour faire une intervention manuelle si l’on veut signaler un problème.
Free-Landz: Pour vous, Google devrait-il demander à chaque citoyen son accord avant de le photographier lui ou sa propriété? Des lotissements entiers ont été demandés à être floutés…
Damien Clauzel: Ça poserait trop de problèmes par la suite pour n’importe quelle prise d’information!
Free-Landz: Mais pourquoi faut-il toujours attendre que les citoyens réagissent pour que Google se justifie? Ne serait-il pas plus rassurant et citoyen d’agir en amont, avant qu’il y ait des plaintes? Google n’avait pas mis en place le dispositif de floutage avant que des plaintes soient déposées dans le monde entier…
Damien Clauzel: Des entreprises meurent parce que la loi les a empêché d’innover…
Free-Landz: Mais Google n’est pas en train de mourir…
Damien Clauzel: Oui, mais plein de petites entreprises, qui n’ont pas le poids financier de Google, vivent sur des innovations qui sont vraiment en marge de la loi. On risque un effet tâche d’huile en ciblant une entreprise, puis toute une famille de technologies, d’usages, puis le grand public et là …on est foutu!
Free-Landz: Donc cela ne vous inquiète pas trop que Google détienne ces données personnelles?
Bastien Arnette: Ce n’est pas le projet qui nous inquiète le plus, mais c’est vrai que ce serait bien d’avoir une visibilité et un contrôle.
Damien Clauzel: C’est bien, effectivement, de se poser la question.
Free-Landz: Pourquoi n’y a-t-il pas de débat concernant les nouvelles technologies en France?
Damien Clauzel: Actuellement on a récupéré Besson à l’économie numérique. Donc pourquoi il n’y a pas de débat, c’est parce qu’il n’y a personne au gouvernement! En France, la vie politique est totalement vérouillée par les personnes de 40/60 ans. C’est impossible d’avoir une présence significative si l’on a pas 60 ans ou si l’on a pas léché les bottes d’un élu durant des mois et des mois, à faire toutes ses basses besognes! En Europe du nord, il y a plus de jeunes et plus de femmes.
Propos recueillis par S.O.
Voir ici l’interview de Damien Clauzel, datée de mars 2010:
Soirées, apéros, infos ou débats, les pirates lyonnais sont sur Twitter:
http://twitter.com/Parti_Pirate_RA
Liens:
http://www.infos-du-net.com/actualite/17133-CNIL-Street-View.html



Beau travail – et Damien Clauzel n’a pas la langue de bois.
[...] PPRA a récemment accordé une interview au webzine Free-Landz. Le sujet était cette fois l'inclusion de Lyon dans Google Street [...]