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Le débat politique: Mélenchon et le journalisme
Mise à jour le Mardi 22 juin
Ecrit par Sylvain Ortega

Le Débat des contributeurs

Jean-Luc Mélenchon a-t-il eu tort de s’énerver?

Le 30 mars dernier, une vidéo fait le buzz. Jean-Luc Mélenchon se dispute avec son interviewer à propos d’une Une du Parisien sur la prostitution. Le ton monte et les propos de l’homme politique feront le tour du web et des chaînes de télévision 15 jours plus tard.

Alors qu’il participe à une distribution de tracts dans le 12ème arrondissement de Paris, Jean-Luc Mélenchon, leader et député européen du Parti de Gauche est interviewé par un étudiant en journalisme. L‘interview devait porter sur un conflit social, mais voilà qu’elle dérive sur le métier de journaliste. Outre le qualificatif de « petite cervelle » et l’injonction donnée de fermer sa « petite bouche », la dispute tourne autour des thèmes du voyeurisme, de l’éthique et du sérieux dans le journalisme, du danger « d’être comme les autres et de mouliner du papier qui se vend ».

Dans l’émission C’est-à-dire, diffusée le 1er avril sur France 5, Jean-Luc Mélenchon s’explique plus clairement sur ses propos : « aujourd’hui, les médias sont absolument moutonniers », assène le député européen, « asservis à l’idéologie dominante et à l’argent. Pourquoi est-ce comme cela ? » Notamment, selon lui, parce que les gens de médias « sont mis dans des situations sociales précaires. 50 % des cartes de presse cette année ont été données à des gens qui n’ont pas de CDI », c’est-à-dire qu’«ils vivent aux cachetons ». Il conclut : « Il faut déstabiliser ce système, pour le refonder de A jusqu’à Z ».

Ne voyant pas la polémique dégonfler, Jean-Luc Mélenchon se défend le 09 avril au CFJ (Centre Français de Journalisme) de Paris.



L’ancien sénateur et journaliste fustige les procédés « odieux » de journalistes toujours à la recherche de petites phrases sur des sujets racoleurs. Il explique cette incessante recherche de la petite phrase par la précarité du métier de journaliste : « Qui est dans une impasse sociale ? C’est vous, qui avez reçu comme médicament de vos souffrances sociales l’illusion d’appartenir à une cléricature morale. Premièrement, les conditions sociales interdisent l’indépendance d’esprit. On ne peut être indépendant quand on est pris à la gorge. Il faut manger et vivre. Je n’ai jamais cru que les journalistes étaient une masse confuse de réactionnaires hostiles. »

Conclusion : Mélenchon pense que « la meute » qui l’a « désigné à la vindicte publique » a fait sa promotion, puisqu’il a gagné deux points dans les sondages et qu’il est passé des centaines de fois sur toutes les chaînes de télévision. Il n’aura finalement qu’un seul regret envers les prostituées et leur travail : « C’est peut-être la seule bêtise que je me reproche. (…) Cela reste la traite des êtres humains et j’ai tendance à la mettre à distance. »

Sylvain O.

Le débat:

Contribution de Loïc, 20 ans, étudiant à Lyon.

Tout est parti de cette vidéo où Jean-Luc Mélenchon, fondateur et président du bureau national du Parti de Gauche, s’emporte face à une caméra à propos de la profession de journaliste.

Depuis déjà quelque temps, il s’en prend régulièrement aux journalistes. Dernier éclat en date : la presse française, qu’il représente par une Une du quotidien « Aujourd’hui en France-Le Parisien ». Sur le fond, je suis d’accord avec lui : la réouverture des maisons closes n’est peut-être pas le sujet principal entre les deux tours des élections régionales, surtout quand le taux d’abstention monte en flèche. Sauf que les journaux sont avant tout des entreprises et qu’ils doivent vendre des exemplaires. Si un sujet sur les maisons closes permet d’augmenter les tirages du quotidien, pourquoi s’en priverait-il ? Après tout, les lecteurs sont bien libres d’acheter ou de ne pas acheter tel ou tel journal. C’est la loi du marché. On pourrait disserter longtemps le métier, la forme des questions, sur les manières de traiter l’information…

Mais ne nous éloignons pas du sujet et revenons sur ce que dit Mélenchon et la forme qu’il emploie.

Car c’est bien la forme qui a fait le «  buzz « , comme on dit. L’échange est vraiment violent verbalement : « sale corporation de voyeuristes […] vendeuse de papier » ; « je te parle de médias et de ton métier pourri » ; « petite cervelle ». L’homme de gauche se montre ici très méprisant et insultant. Or, ce n’est pas avec du mépris et des insultes que l’on fait avancer les choses. Et ce genre de comportement n’entraîne qu’une seule issue : ceux qui le soutiennent politiquement ou sont en accord avec lui diront qu’il a raison ; ceux qui ne l’aiment pas diront qu’il a tort. Mais n’est-ce pas le propre d’un débat – car c’est bien un débat qu’il souhaite lancer au sein des journalistes – que de convaincre l’autre ? Et, pour convaincre, il faut le pousser dans ses retranchements de sorte qu’il se trouve à bout d’arguments afin de lui prouver par A + B qu’il a tort. Et cela ne peux se réaliser que dans le respect mutuel. Car en méprisant son adversaire, ce dernier va avoir une réaction de repli et se placer sur la défensive ; bref, il ne sera pas dans une position d’écoute et la discussion finira par devenir un dialogue de sourds.
Traiter une personne – qu’elle soit journaliste ou non – de « petite cervelle » n’est pas digne, surtout venant d’un homme politique. Et là, il y a contradiction. Je m’explique. La télévision a un très grand impact sur la population dans la mesure où presque tous les foyers sont dotés d’au moins un poste. Mais elle attire aussi les gens et les politiques n’échappent pas à la règle : tous sont content quand un micro se tend vers eux pour qu’ils puissent s’exprimer. Dès lors, Mélenchon paraît bien hypocrite : pourquoi accepter de parler à des petites cervelles voyeuristes ? Cette réponse, il l’a donnée
le 1er avril sur le plateau de Thierry Guerrier (émission « C à dire ?! » sur FR5) :

« Vous m’accueillez sur un plateau, vous êtes un journaliste professionnel, il y a une règle du jeu. Sinon, je ne serais pas venu. Et je vous connais, j’ai déjà vu comment vous travailliez. »

Et voilà qu’il accorde une interview au magazine people « Voici ». Quand bien même l’interview sera honnête et intéressante (je ne l’ai pas lue et ne la lirai sûrement pas), « Voici » est-il bien le journal de référence en matière de politique ? Soit, il affirme qu’il ne parlera pas de sa vie privée, mais n’est-ce pas un journal dont le fond de commerce est justement ladite vie privée ? Le magazine l’indique clairement : « Pour tout vous dire, à l’origine, on voulait interviewer Mickaël Vendetta, pour sa victoire dans la Ferme des Célébrités. Le bogosse réclamant 35.000 euros pour nous parler, nous avons finalement avancé notre rendez-vous avec une autre icône populaire, Jean-Luc Mélenchon ». Comment peut-il, alors qu’il veut être considéré comme un homme politique, se faire passer pour un personnage de télé-réalité et se confier entre deux photos volées ? « Voici » a-t-il le même traitement journalistique de l’information qu’un Thierry Guerrier ? Son lecteur l’achète-t-il pour s’informer sur la politique ? N’y a-t-il pas ici un manque de cohérence et de constance dans ses idées ? Ainsi, dit-il, il pourra « faire son entrée dans les salles d’attente des dentistes ». Est-ce vraiment le lieu idéal pour parler politique ? Si tel était le cas, pourquoi les cabinets ne mettent-ils pas à disposition un exemplaire du Monde, du Figaro, de Libération ou encore des Echos ?

L’Homme n’est pas parfait, il n’est que perfectible. Alors oui, les journalistes – et même les politiques – ne sont pas parfaits et oui, les médias ne sont pas parfaits, tout simplement parce qu’ils sont un regroupement de journalistes, et donc d’Hommes.

Au final, Mélenchon reproche à un quotidien de traiter de sujets qu’il estime futiles et de ne pas parler de politique. En parallèle, il déclare, avec sincérité : « Mon intérêt est d’utiliser chacune de ces situations, d’abord pour les montrer du doigt et pour essayer de discréditer la ligne médiatique. Parce que chaque fois que j’augmente le nombre de gens qui ne croient pas ce qui est dit dans la presse, je renforce mon camp. Car s’ils croient ce qui est écrit dans la presse, je n’existe pas. Donc mon intérêt est de les disqualifier » (propos repris par le site bakchich.info).

Reste une question : en assumant que, plus il critique les médias, plus il gagne des électeurs, ne reproduit-il pas, in fine, la même stratégie que celle du « Parisien-Aujourd’hui en France » et qu’il critique ?

Une contribution de Loïc

La contribution de Sylvain, rédacteur en chef de Free-Landz (cette réponse n’engage pas les autres rédacteurs de Free-Landz) :

Comme le dit Mélenchon, ce n’est qu’une engueulade! Et si ça arrive rarement sur des plateaux de télé aseptisés, c’est fréquent dans la vie! Plus que le ton de sa réaction, ce qui compte, c’est le contenu de ce qu’il dit. Quand Cohn-Bendit dit « ta gueule » à un député européen, il n’y a pas de scandale! Pourquoi ? Parce que Mélenchon jette ici un pavé dans la marre et parle de social. Aucun autre homme politique n’ose affronter le 4ème pouvoir, le pouvoir médiatique, en affirmant que c’est la précarité et la peur qui font taire les journalistes. C’est d’ailleurs cette précarité et cette soumission au pouvoir de l’argent qui a motivé de jeunes journalistes à créer Bakchich.info, ou Edwy Plenel à réduire son salaire pour créer Médiapart.

Quand tu dis Loïc que « Si un sujet sur les maisons closes permet d’augmenter les tirages du quotidien, pourquoi s’en priverait-il ? », n’as-tu pas conscience des dangers d’un tel raisonnement ? Le quatrième contre pouvoir n’est donc plus qu’un « vendeur de papier » ? En disant cela, tu donnes certainement des arguments à ceux qui veulent détruire le système capitaliste, ou à ceux qui cherchent des alternatives, des angles morts dans le système, car tu prouves que dans le monde marchand, les valeurs de l’argent sont plus fortes que toutes les autres et que nous ne vivons pas dans une société démocratique.

Et pour ce qui est de Voici, si Jean-Luc Mélenchon n’a jamais exposé sa vie privée (est-il marié, a-t-il des enfants… bien peu de journalistes le savent), il veut en priorité toucher un publique populaire… celui qui lit Voici !

Non, désolé, sur cette « affaire » Mélenchon, je ne vois pas où il a commis une faute !

Une contribution de Sylvain

Et vous, qu’en pensez-vous ? Laissez-nous vos commentaires !

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16 commentaires
  1. Commentsphilou017   |  Lundi, 19 avril 2010 à 21:46

    Mais elle attire aussi les gens et les politiques n’échappent pas à la règle : tous sont content quand un micro se tend vers eux pour qu’ils puissent s’exprimer. Dès lors, Mélenchon paraît bien hypocrite : pourquoi accepter de parler à des petites cervelles voyeuristes ?
    Réflexion de petit niveau. Oui les médias tiennent les hommes politiques parce qu’ils ont besoin d’eux. Quelle mauvais argument de lui reprocher. Comme si vous ignoriez les données du problème…
    La profession de journaliste est aujourd’hui au dessous de tout. Hyper-conformiste, suiviste, superficielle, souvent réduite à l’info-news et à l’info-people, elle n’a plus d’indépendance, ni de moyen d’assurer un quelconque contre-pouvoir, sinon à la marge. En acceptant de vous réduire à un rôle de légitimation du système, vous perdez l’essence du journalisme. Réveillez-vous !
    Sinon, pleinement d’accord avec Sylvain, sur Mélenchon

  2. CommentsLoBla   |  Lundi, 19 avril 2010 à 22:53

    Donc, pour poursuivre et répondre à ta question :
    Tout d’abord, je ne pense pas qu’une société vénale soit en contradiction avec une société démocratique. « Démocratie » a pour racine « Demos » (le peuple) et « Kratos » (le pouvoir), donc le « pouvoir au peuple ». Le peuple est bien libre d’acheter le journal qu’il veut et ce dernier, qui veut vendre ses éditions, va traiter des sujets « concernant » selon le terme employé. Or, même si le « sujet concernant » n’est peut-être pas valable pour un site comme Backchich, est-ce que ce dernier aurait pu exister s’il n’avait pas rencontré son public ? (et cela est valable à tous les médias) Ce que je viens de dire n’a qu’un seul contre-exemple à ma connaissance : une agence de presse (dont j’ai oublié le nom) américaine qui réalise des enquêtes longues et fouillées pour ensuite les revendre pour une bouchée de pain, voire les donner, aux médias traditionnels ; cette agence ne vit que par la volonté de leurs créateurs, un riche couple à la retraite dont la fortune permet de financer tout cela.
    Excepté cela, chaque média, et puisque c’est une entreprise, répond forcément à une demande ; sinon, il n’existerait tout simplement pas (c’est le système capitaliste qui est comme ça). Mais attention, cela ne veut pas dire que les journaux ne sont pas indépendants. Le pouvoir change juste de mains : quand un journal ne veut pas prendre le risque de dépendre du pouvoir économique (c’est-à-dire la pub’), il se tourne vers un autre pouvoir : le peuple. Or, n’est-ce pas cela la « démocratie » ?

    Ceci dit, tu dis qu’avec « Voici », il va toucher en priorité un public populaire. Certes. Mais, « Le Parisien » n’est-il pas un journal populaire ? Et donc si je suis sa logique : le fait que Léo (de Secret Story) ait voulu en finir – d’ailleurs, on ne sais pas de quoi il a voulu en finir – (Une de Voici de cette semaine) ou que G. Louvin traite M. Vendetta d’ »imbécile » (Une du site Voici à l’instant où j’écris ce commentaire), c’est THE actu la plus importante du moment ? Personnellement, je ne pense pas. D’ailleurs, même si un sujet sur les maisons clauses ne m’intéresse pas outre mesure, je considère cela plus comme de l’actualité que les pseudo sentiments d’acteurs de TV-réalité. (d’ailleurs, dans son édition post-élections régionales, Voici a-t-il traité de l’abstention [puisque c'est ce qu'il reproche au Parisien] ?)

  3. CommentsLoBla   |  Lundi, 19 avril 2010 à 22:56

    Quant aux propos, Sylvain, je crois qu’on ne sera effectivement pas d’accord là-dessus. Quand on veut parler de certaines choses, il y a l’art et la manière de le dire. Et je me répète, mais ce n’est pas en insultant les autres que l’on fera avancer les choses ; cela n’entraînera qu’une réaction défensive de l’autre.
    Loïc

  4. CommentsLoBla   |  Lundi, 19 avril 2010 à 23:02

    @ philou017 :
    Je n’ai pas voulu légitimer le système, je fais simplement un constat, ce qui ne veut pas forcément dire que je suis d’accord avec cela.

  5. CommentsLoBla   |  Lundi, 19 avril 2010 à 23:19

    Juste un dernier mot pour revenir sur ton commentaire philou017. Oui, ce paragraphe était assez simple, je le reconnais. C’est donc un « mauvais argument », soit. Mais quid des autres arguments ?
    Et il est intéressant au final qu’on me dise que je ne vois pas la réalité en face (ou c’est ce que j’ai compris). J’essaie d’être le plus lucide possible et j’ai d’ailleurs précisé d’entrée que sur le fonds, j’étais d’accord avec lui. Ce que j’ai simplement voulu critiquer ici, c’est la forme employée.

  6. CommentsAlizée   |  Mardi, 20 avril 2010 à 09:46

    Et bien et bien! le journalisme à un problème, ça je crois que nous sommes nombreux à être d’accord! L’investigation est devenue l’émission « les infiltrés » sur France 2 de Pujadas. Le reporter est devenu un paparazzi de « 50 minutes inside ». Le journaliste-enquêteur un collaborateur de « Faites entrer l’accusé »..
    Bien sûr, tout ceci est un peu réducteur. Nous savons bien que la presse écrite, la radio et surtout maintenant la presse web, foisonnent de nouveaux médias alternatifs, de lieux de véritable réflexions, où information ne rime pas toujours avec voyeurisme.
    Mais en effet, dans l’ensemble, les journalistes qui sont sur le devant de la scène, selon moi, ne font pas honneur à leur profession. Évidemment, c’est un métier extrêmement rude. L’image de journaliste sera me semble-t-il toujours entachée, car le travail n’est pas toujours gratifiant ou glorifiant…Il y a toujours la question de la morale, qu’est-ce qu’on doit montrer ou pas, qu’a-t-on le droit de dire ou pas, où se trouve la frontière entre divertissement et information…Autant de questions épineuses…

    Après, en ce qui concerne Mélenchon lui-même…pfff…que dire…Moi je crois que je m’en contre-fiche…Un homme politique se doit d’incarner un modèle..certes..mais tout comme un journaliste? les politiciens ne sont pas des sur-hommes. On leur demande de faire correctement leur travail (ce qui n’est déjà pas facile!) et Mélenchon fait parti de ceux qui réussissent le mieux l’exercice… Alors après, qu’un homme politique s’énerve sur un journaliste (pour dire des choses relativement vraies!) ou qu’un chef d’état se tape sa secrétaire sous son bureau etc etc… Tout ça, ça entretient ce que je n’aime pas dans le journalisme… un micro évènement devient le scoop du siècle et plus rien d’autre ne compte…
    Ici, le débat est agréable car ouvert et surtout va plus loin que juste « Mélenchon a dit « petite cervelle » à un journaliste! »

    LoBla je suis d’accord pour dire qu’il y a l’art et la manière, je suis la première à dire que tout est dans la forme! tout peut être dit si bien dit! Mais ça c’est la théorie..en pratique, on dérape quelque fois..et moi je me dis qu’on devrait s’en ficher!
    Je crois que même à Sarko je lui pardonnerai presque (je dis bien presque) son « casse-toi pauvre con! » (mais là c’est différent..il s’adresse à un citoyen, un français, un électeur…alors non, je ne lui pardonne pas ;)

  7. CommentsRaphaël   |  Mardi, 20 avril 2010 à 14:40

    C’est l’éternel conflit entre hommes politiques et journalistes : Les hommes politiques, sans médias, n’ont aucun moyen de communication puisque personne ne lit leurs blogs ou ne vient à leurs réunions. Leur seule alternative, c’est les médias mais forcément les journalistes choisissent les thèmes et les questions en fonction de, ce qu’ils pensent, plaît au public, ce qui énerve les hommes politiques qui aimeraient pouvoir parler de ce qu’ils veulent eux. Les hommes politiques sont tous dans le même état d’esprit. En général, Ils en restent à des attaques en déni de démocratie contre les journalistes. Là, Mélenchon a été plus ouvertement agressif.

  8. CommentsSylvain Ortega   |  Mardi, 20 avril 2010 à 15:11

    @ Loïc: Ton passage très intéressant sur l’agence de presse américaine qui réalise des enquêtes longues et fouillées pour ensuite les revendre pour une bouchée de pain (…) qui ne vit que par la volonté d’un riche couple à la retraite dont la fortune permet de financer tout cela.
    Tu ne trouves pas honteux que lorsqu’une marque veut lancer une crème anti-rides à la graisse de baleine (exemple un peu caricatural, certes…), elle trouve les fonds, mais quand des journalistes veulent enquêter ou écrire des sujets fouillés et argumentés (et pas seulement 1mn30 pour le JT de Canal+), ils ne trouvent personne pour se financer?
    Mais que font les états? Pourquoi n’y a-t-il pas de mesures fiscales, d’aides au 4ème pouvoir afin qu’il soit réellement indépendant? Dans le domaine des médias, le capitalisme n’a-t-il pas démontré toutes ses limites? Sommes-nous dans une réelle démocratie? Nos votes sont-ils libres dans une telle société?

  9. CommentsSylvain Ortega   |  Mardi, 20 avril 2010 à 15:13

    Les enjeux sont si importants… je comprends que Mélenchon soit hors de lui à force…

  10. CommentsLoBla   |  Mercredi, 21 avril 2010 à 21:05

    @ Sylvain : Sauf que la demande d’une aide est un peu une voie sans issue : si l’aide vient de partenaires privés, tu te retrouveras dans le même cas que les médecins (accusés d’être à la botte des entreprises privées qui financent leurs études) ; si l’aide vient de l’État, tu resteras dans la même situation actuelle de suspicion (c’est-à-dire qu’une partie du peuple se retrouvera renforcée dans l’idée que les médias sont asservis à l’État). Bref, dans les deux cas, il y aura toujours un doute quant à l’indépendance des médias. Le must serait effectivement que chacun ait un mécène.
    @ Raphaël : Je suis bien d’accord avec toi ; je pense qu’il y a aussi un sérieux besoin de remise en question de la part des Hommes politiques pour savoir pourquoi la population se désintéresse de plus en plus de la politique (Cf. abstention aux élections).

    Et une dernière précision (car elle n’est pas explicite dans ce texte) : le point de départ de la discussion avec Sylvain n’est pas la vidéo « buzz », mais sa décision d’être interviewé par « Voici ».

  11. CommentsRaphaël   |  Jeudi, 22 avril 2010 à 04:43

    Je pense qu’il ne faut pas être trop caricatural et ne pas parler de LA presse ou DES médias, comme le fait Mélenchon. Il y a plusieurs types de médias et la plupart d’entre eux honorent le métier de journaliste (je peux citer 50 exemples d’émissions ou de journaux qui font de l’enquête de fond). Et l’Etat remplit tout à fait son rôle en finançant la télé et la radio publiques.

    Le problème n’est pas tant le système capitalisme, le problème est qu’il y a un marché pour des médias qui confondent journalisme et divertissement. Tout le monde n’a pas envie de lire 3 pages d’articles dans Le Monde diplomatique pour s’informer et le risque, en simplifiant trop, c’est de désinformer. C’est essentiellement la télé qui tombe dans ce piège puisqu’elle est le média grand public par excellence. Cependant, elle est amenée à disparaître dans les 10 prochaines années. Il peut arriver que certains journaux, comme le Parisien, fasse du racolage mais d’autres médias sont là pour le dénoncer. @rrêt sur images le fait très bien, Marianne aussi. Donc, je pense pas qu’il y ait péril dans la demeure.

    Là où les médias sont moutonniers, c’est qu’il veulent tous faire de l’info généraliste et que le marché est complètement saturé. Chaque chaîne d’info en continu, chaque radio ou chaque journal part du principe qu’il doit tout traîter (c’est-à-dire répéter ce qui a déjà été dit 20 fois partout) pour pas que son public soit tenté d’aller voir à côté si il sent qu’on ne lui a pas tout dit. Les hommes politiques et les journalistes ont cette impression de répétition écoeurante car ils font une veille active des médias, mais je pense que pour le reste de la population, c’est moins le cas.

    La vraie urgence à mon avis, ça serait de voter une loi pour interdire aux grands groupes industriels de posséder des médias, comme Bouygues ou Bolloré, parce que là il y a matière à conflit d’intérêts et à désinformation volontaire.

  12. CommentsLoïc   |  Vendredi, 23 avril 2010 à 11:21

    Ton commentaire est très juste Raphaël !

  13. CommentsSylvain Ortega   |  Mardi, 27 avril 2010 à 15:21

    Nous sommes très contents de ce débat!
    Il est temps à présent de conclure.

    A Loïc : je ne pense pas qu’être « asservi » à un mécène soit mieux qu’être asservi à des partenaires privés ! Je reste persuadé que la meilleure solution c’est les subventions (je vois le journalisme comme un service publique). L’avantage de l’état, c’est la démocratie, ce que n’apportent ni des mécènes, ni des partenaires privés (hiérarchies, verticalité du pouvoir dans les entreprises…).

    A Raphaël, le drame, c’est que si l’on vote cette loi que tu appelles (à juste titre me semble-t-il), la plupart des médias risque de disparaître et le taux de chômage des journalistes d’exploser (sur la situation dramatique de la presse, lire ceci : http://www.journalistesfo.fr/).

    Tjr à Raphaël : Tout à fait d’accord : c’est surtout la télé qui désinforme les gens. Sur ce sujet, je pense que la vidéo de Pierre Bourdieu (http://www.dailymotion.com/video/xk6fk_bourdieu-sur-la-television_shortfilms) résume bien l’époque : « l’imitation médiatique », « le cercle de l’information » (auquel nous n’avons pas échappé avec ce débat… pour essayer justement de l’expliquer), « la bouillie homogène »… « Plus de 50% des gens ne lisent aucun quotidien, c’est à dire sont voués corps et âme à la télévision » et au « dieu appelé audimat ». On rempli « avec du rien, avec du vide, ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses devoirs démocratiques ».
    Pourquoi parler d’UNE corporation et de LA presse et non DES médias ? Parce que les journalistes sont pratiquement tous issus de la même classe sociale (petite bourgeoisie anxieuse pour Mélenchon) et que les Une de la presse ne sont qu’une déclinaison à différentes sauces de ce qu’ils pensent.

    A Loïc : SI je ne juge pas négativement l’interview de Mélenchon dans Voici, c’est parce qu’aujourd’hui, pour être écouté et exister un minimum auprès des citoyens, il faut accepter des interviews dans des torchons comme Voici. Si le lecteur ne risque pas de prendre sa carte au Parti de Gauche après avoir lu cet article, au moins il saura qu’un autre discours est possible que celui de résignation et de soumission rabâché à longueur de temps.

    Pour finir, voici quelques liens qui permettent de penser une presse libre :
    http://www.acrimed.org/
    http://leplanb.org/
    http://www.indymedia.org/fr/
    http://www.france.attac.org/spip.php?rubrique70
    Et le bouquin de base (bien que pas facile à lire) : La société du spectacle de Guy Debord.

  14. CommentsSylvain Ortega   |  Mardi, 27 avril 2010 à 22:55

    Juste une petite précision pour signaler que même Sarkozy a compris qu’il faudra forcément en passer par les subventions!
    http://www.liberation.fr/medias/0101314183-presse-un-abonnement-gratuit-pour-les-jeunes-de-18-ans
    Ce ne sont que des « mesurettes », mais elles démontrent que l’impasse est telle que même la droite envisage « l’assistanat » de la presse.

  15. Commentsnono   |  Vendredi, 16 juillet 2010 à 17:06

    je suis la plupart du temps entièrement d’accord avec JLM. Cela dit, il y a souvent une chose qui m’interpelle. C’est que l’on met sur un Homme, toutes les revendications, toutes les propositions, tous les évènements négatifs qui se passent en france. On oublie tres souvent le côté psychologique. A savoir que jean luc mélanchon à 61 ans, qu’il n’a plus peur d’être lui même. En vrai, qu’est ce qu’il s’est passé dans sa tête à ce moment là. Il voit arrivé un petit jeunot qui lui pose une question. Humainement et lâchement, il envoie chier ce « petit con » qu’il croise dans la rue. Après, la méthode pour jeter le pavé dans la marre est facile. JLM s’est attaqué a un pauvre journaliste de 20 piges. La méthode est lache, mais quand mélanchon est devant des journaleux de renom, ces derniers ne peuvent qu’apprécier son franc parler, même si ils ne sont pas du meme bord. Tout ca pour dire que la methode est déguelasse et facile mais que pour se faire entendre en politique, il faut parfois en passer par là pour se faire entendre sur une cause qui importe. Qui croit un seul instant que la politique est un milieu d’être intègre et incorruptible. Les politiciens sont des tueurs,à chacun sa méthode, et par rapport aux autres, la méthode mélancon est soft.

  16. CommentsSylvain Ortega   |  Mardi, 20 juillet 2010 à 22:13

    C’est effectivement négatif, cette manie qu’ont les français de rechercher un chef! Sans doute un héritage de cette longue période royaliste, puis de Napoléon, le tout remis au goût des années 60 par De Gaule.

    Quoi qu’il en soit, c’est forcément un danger pour la démocratie, quand un seul homme prend trop d’importance (l’exemple de Chavez, ou avant lui de Castro le montre bien…). La démocratie doit être riche et les idées multiples, et un seul homme ne pourra jamais prétendre à lui tout seul représenter la totalité de la population ( à moins d’être complètement fou!). Mais nous n’en sommes pas là encore avec Mélenchon, qui est bien malmené sur son terrain par les Besancenot/Buffet (aujourd’hui Laurent)!

    Mélenchon parle au jeune en question comme il a parlé à Chabot (cf: «Allez au diable» dans l’émission « A vous de juger »), c’est-à-dire qu’il reste fidèle à lui-même: un tribun, une grande gueule, un jouteur, un politique expérimenté et passionné…

    En tout cas, ça lui fera une sacré expérience à ce petit journaliste (et un sacré CV…).!


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