Les salles d’art et essai sacrifiées au profit des multiplexes
Créés dans les années 1970 et 1980, les cinémas nationaux populaires (CNP) de Lyon (Bellecour, Odéon et Terreaux) sont les fers de lance du cinéma d’art et essai. En 1998, Galeshka Moravioff les rachète. Dix ans plus tard, le constat est cruel : un CNP (Odéon) fermé l’année dernière, une fréquentation en chute libre et un dialogue totalement rompu entre le patron et ses employés.
5 septembre 2009 – 4 septembre 2010 : un an s’est écoulé depuis la dernière projection dans le CNP (cinéma national populaire) Odéon (rue Grolée) à Lyon. Musicien et peintre zurichois, Galeshka Moravioff avait fait main basse sur les trois cinémas (Odéon, Bellecour et Terreaux) en 1998. Dix ans plus tard, en août 2009, il baisse le rideau de celui 6 rue Grolée. Aussi brutale qu’inattendue – même par les employés –, cette fermeture est réalisée en catimini pendant l’été lors des congés estivaux. Le 18 août, le lieu est vidé de tout son matériel. « Tout, même le code du travail ! » À leur retour, le 20 août, les employés découvrent le résultat. Ils occupent alors les locaux et, le 5 septembre, organisent des projections sauvages de films courts. La journée se termine avec la diffusion du film « Frontières chinoises » de John Ford et aura rassemblé entre 800 et 1000 personnes.
Moitié moins d’employés depuis septembre 2009
Sylvain Miskiewicz, un contrôleur très amer quant au sort réservé au cinéma indépendant à Lyon.
Depuis, des groupes se créent pour protester contre cette fermeture, à l’instar d’Enjeux sur image*, qui organisait samedi dernier un rassemblement devant le CNP Odéon, avec apéritif dînatoire et lâcher de ballons. Une manifestation pour soutenir la culture à Lyon et ses salles d’art et d’essai sacrifiées au profit des multiplexes. Présent sur place, Sylvain Miskiewicz, contrôleur, ne cache pas son mécontentement et son amertume : « On est dans une situation précaire, on est inquiet et on se pose des questions. Les réunions que nous avons se font avec un assistant à Lyon, mais il n’a aucune réponse nous concernant. Quant à Galeshka Moravioff, on ne le voit jamais dans les théâtres. » De cinq contrôleurs en 2009, il est le dernier, actuellement en poste à Bellecour. « Cette situation créé de l’insécurité alors qu’on devrait apporter une sécurité aux spectateurs. Pour le moment, il ne s’est rien passé de grave, mais cela pourrait arriver un jour. Galeshka Moravioff a aussi licencié les deux agents de ménage pour faire appel à une société privée. Mais parce qu’elle n’a pas été payée, cette dernière a rompu le contrat il y a deux mois. Ce qui rend les locaux de plus en plus sales, en plus de leur vétusté. » En septembre 2009, un plan de licenciements économiques, de départs volontaires et de licenciements pour faute a fait chuter de moitié le nombre d’employés, passant de 26 à 13.
Et l’engrenage continue. Après la réduction du personnel, ce sont les distributeurs qui ne souhaitent plus travailler avec ces salles d’art et d’essai, diminuant le nombre de projections dans les salles et, surtout, réduisant à néant la possibilité d’avoir des films en exclusivité. Du coup, même les deux salles encore en activité sont dans une situation économique difficile. Aujourd’hui, ils diffusent huit films par an, contre vingt il y a un an et le nombre d’entrées par séance, au CNP Bellecour, est d’environ cinquante, avec parfois des séances à zéro spectateurs. Le rassemblement de ce samedi s’est terminé le soir au Cinéma opéra avec « Le roi de l’évasion » d’Alain Guiraudie.
Loïc Blache
* La pétition d’Enjeux sur image, qui a déjà récolté 9 000 signatures, est disponible dans les CNP et sur www.enjeuxsurimage.org.
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Un sujet à la fois tragique et lucide..merci pour cet article qui fait un peu la lumière sur tout ça…