Vendredi 24 fév
jan
26/12
François Fillon à Lyon
Mise à jour le Dimanche 19 février
Ecrit par Loïc Blache

Les dessous d’une com’ gouvernementale

Les médias avaient répondu en masse pour le déplacement du Premier Ministre François Fillon ce mercredi 26 janvier à Lyon. Décryptage de cette visite ministérielle médiatique.

Cette fois-ci, Free-Landz n’a rencontré presqu’aucun problème pour suivre le Premier Ministre, à l’inverse des vœux présidentiels du 19 janvier. Basée sur l’insertion professionnelle des jeunes, la visite devait mener le Ministre à travers les différents pôles de l’Institut des ressources industrielles (IRI) situé au 10 boulevard Edmond Michelet (Lyon 8e). Dans ses pas : de nombreux représentants de structures de formation professionnelle, mais aussi Nadine Morano, Ministre chargée de l’apprentissage, Nora Berra, secrétaire d’État à la santé, Michel Havard, député (UMP) de la 1re circonscription du Rhône ou encore Gérard Larcher, ancien Président (UMP) du Sénat. Quant à Jean-Jack Queyranne, le Président de la Région (PS), pourtant annoncé sur les chaises réservées, il ne sera pas présent.

Sur place, le rendez-vous est donné à 16h pour une visite prévue à 16h45. Dans la salle de presse (avec ordinateurs et internet intégrés) mise à disposition, Louis-Gonzague Adam, du service de presse de Matignon, distribue les badges aux photographes et les répartit en deux groupes (qui photographieront à tour de rôle). Les cameramen, eux, n’auront pas droit de citer : « Si vous voulez faire des images en extérieur (entrée, sortie), pas de problème. Mais à l’intérieur, il n’y a que la caméra de TF1 », explique-t-il au JRI de France 3. Oui, car, à cent jours de la présidentielle, le « pool images » (1) est assuré uniquement par TF1, qui se charge ainsi de la communication de A à Z (ou presque) du Ministre. Aucun autre angle de vue n’est accepté (à l’exception des photographes). À l’extérieur, un journaliste peste contre ce pool : « C’est une connerie des Américains ! C’est pas un pool TF1/France TV, c’est un pool que TF1 ! » Par conséquent, c’est donc une chaîne qui s’est faite plusieurs fois remarquée dans des cas de (auto ?) censure ou de montage qui fournira la quasi-totalité des images aux autres télévisions.

La visite, quant à elle, sera tout ce qu’il y a de plus classique : François Fillon s’arrêtera à chacun des treize stands de l’Institut avant de terminer par un discours dans le Gymnase de l’établissement. « La formation professionnelle doit être un des piliers de notre politique de lutte contre le chômage et en particulier [celui] des jeunes », dira-t-il. Avant de citer quelques réformes : passage du baccalauréat professionnel en trois ans, création de bureaux de stages et d’emplois dans les universités, développement de l’alternance ou encore création du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels

Seconde étape de son voyage lyonnais, le Premier Ministre s’est ensuite rendu à l’Espace Tête d’Or (Villeurbanne) pour présenter ses vœux à la fédération UMP du Rhône. Sur le parvis, « Jeunes pop’ » et les drapeaux de l’UMP, des Jeunes pop’ et de l’UNI l’attendent. À l’entrée, les militants doivent passer sous l’un des six portiques de sécurité, avant de se voir proposer de signer une pétition contre le droit de vote des étrangers (2) par une dizaine de jeunes du syndicat UNI.

18h40. François Fillon entre dans la salle remplie de militants. Philippe Cochet, député de la 5e circonscription du Rhône, fait les présentations d’usage. Sur scène, le Premier Ministre gardera la parole pendant 38 minutes. Après un mot sur le retrait de Dominique Perben (Cf. Fil de l’actu 09/01), François Fillon parlera de l’action de son gouvernement (réforme des retraites, volonté de réduire le coût du travail, réforme de la représentativité syndicale dans les entreprises…) pendant… 45% de son discours. Entre les revirements du PS sur le départ à la retraite et les critiques récurrentes de l’opposition, le Chef du gouvernement assène : « Mes chers amis, mon véritable adversaire, c’est la démagogie », en référence à la phrase de François Hollande (qui ne sera jamais nommément cité) prononcée lors de son discours au Bourget. Accorder plus de la moitié de son temps de parole à un adversaire politique n’a rien de choquant dans une campagne électorale. Mais voilà, Nicolas Sarkozy ne s’est pas déclaré candidat et lui, comme son Premier Ministre, ne devraient donc s’en tenir qu’aux politiques qu’ils mettent en œuvre, non à un affrontement politicien. Une distinction importante dans la mesure où un déplacement gouvernemental est pris en charge par le contribuable quant un meeting partisan doit rentrer dans les frais de campagne personnels du parti.

Avant d’entonner la Marseillaise, François Fillon termine son discours sur ces termes, parlant du PS : « Est-ce que, en cinq ans, nous n’avons pas trouvé un seul sujet sur lequel agir de manière positive qui aurait pu conduire la gauche à nous soutenir ? En réalité, nous avons affaire à une gauche sectaire. » Applaudissements. Des propos étonnants dans la mesure où le gouvernement qu’il dirige ne ménage pas son temps – et au premier rang duquel Nadine Morano occupe la première place – pour venir critiquer dans les médias les attitudes, idées et projets du candidat socialiste et des autres adversaires politiques. Par ailleurs, le Premier Ministre n’a visiblement pas jugé utile de citer la réaction de François Hollande, qui approuvait l’instauration par l’Elysée d’une taxe « Tobin » sur les transactions financières : « Ce n’est pas la plus mauvaise idée qu’il ait eue. Il n’est jamais trop tard pour s’amender, surtout en période de vœux ». Dès lors, ne faudrait-il pas, en premier lieu, balayer devant sa porte ? À trop être dans une confrontation électoraliste et un combat contre la « démagogie » de l’autre, on finit par devenir soi-même son propre démagogue…

Texte et photos : Loïc Blache

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(1) Pour rappel, un « pool image » est un petit groupe de reporters télé et de photographes choisis pour redistribuer les images à l’ensemble des médias après la visite.

(2) Dans leur tract, les jeunes de l’UNI écrivent : « Nous ne pouvons pas accepter qu’un étranger qui n’a jamais souhaité devenir Français, en faisant l’effort sincère de s’intégrer, puisse, malgré tout, voter et être élu en France ». Précision : si un tel droit entrait en vigueur, comme le souhaite la Gauche, majoritaire au Sénat (l’Assemblée nationale s’est déjà prononcée en faveur en 2000), l’“étranger-candidat” ne pourrait accéder qu’à un poste de conseiller municipal. En aucun cas il ne pourra devenir Maire, adjoint ou encore participer à l’élection des sénateurs. Par ailleurs, le droit de vote des étrangers (sous-entendu non-communautaires) existe déjà dans certains pays européens (Irlande depuis 1963, Belgique depuis 2004 et Espagne depuis 2010). Deux choses sont à noter (Cf. Le Monde du 8 décembre 2011) : dans ces pays, la participation de ces nouveaux votants reste faible (environ 4%, par exemple, en Espagne) et un tel droit n’y est pas perçu comme un facteur d’intégration, au contraire de la naturalisation.



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