Mardi 29 mai
oct
04/11
Le couple Montebourg-Taubira en guerre contre la finance
Mise à jour le Jeudi 13 octobre
Ecrit par Loïc Blache

Vers une VIe République

En vue des primaires citoyennes (9 et 16 octobre), Free-Landz décrypte les déplacements lyonnais de quatre des six candidats. Quatrième volet : Arnaud Montebourg.

19h30, samedi 1er octobre. La salle de l’Astroballe (Villeurbanne) est pleine, décorée du logo rouge et blanc « A.M., des idées et des rêves ». Dans la lignée des T-Shirt, livres et autres affiches vendus à la gloire d’Arnaud Montebourg, un stand, tenu par la CGT et la CFDT, qui souhaite mobiliser quant au sort de l’usine Veninov (voir Fil de l’actu des 2 et 30 septembre). Du public continue à arriver, les plantes et les tables sont poussées afin de rajouter des chaises.

19h45. Le candidat aux primaires citoyennes fait son entrée en musique, au bras de l’une de ses plus fidèles soutiens, Christiane Taubira, députée de Guyane. Après les serrages de mains traditionnels, Arnaud Montebourg, Christiane Taubira et Jean-Paul Bret, le maire de Villeurbanne, posent pour les photographes avant de monter sur scène. Le maire villeurbannais fait alors sa quatrième et dernière présentation, cette fois pour un « voisin », électoralement parlant. « Même si on est à huit jours, on est en train de réussir nos primaires », se réjouit-il. S’ensuivront deux représentants des usines Veninov et Lejaby, invités par le socialiste, qui présenteront leurs combats respectifs. « Toutes nos productions vont mourir dans peu de temps. Aujourd’hui, il n’en reste que 8% et les gens [dans l'usine] ont 50 ans », explique la représentante de Lejaby, industrie du textile qui fabrique des soutiens-gorge dans l’Ain.


Taubira assure la première partie

20h12. Devant une salle comble d’environ 400 personnes, Christiane Taubira prend la parole. Son discours, comme celui de son mentor, ne sera pas avare de références, citant Rousseau (créer un « nouveau contrat social »), Montesquieu (pour « une séparation stricte des pouvoirs ») ou encore le dramaturge et metteur en scène allemand Bertolt Brecht pour sa conclusion. Arnaud Montebourg n’a pas encore parlé, mais la députée de Guyane se lance dans un véritable plaidoyer en sa faveur en présentant son programme. Bref, elle assure la première partie du show. « Arnaud Montebourg nous propose ce chemin de l’avenir » : la mise en place d’une VIe République, pour donner « une place au citoyen » et créer « plus de démocratie ». « Sous la Ve République, lorsque le peuple s’est prononcé librement et que les résultats ne convenaient pas, les dirigeants convoquent les élus du peuple. » Applaudissements. Qualifiant la Ve République actuelle d’« obsolète », elle loue une VIe République qui serait « laïque » et « primo-ministérielle avec un Premier ministre responsable devant le Parlement et le peuple ».

20h40. L’assistance aura donc dû attendre une heure avant que l’invité de la journée (il était, dans l’après-midi, place des Terreaux et place Antonin Jutard) ne prenne la parole, devant une affiche où sont inscrits ses principales lignes politiques : démondialisation, VIe République, mise sous tutelle des banques, capitalisme coopératif et mutualiste… Son programme venant à l’instant d’être détaillé par la Guyannaise, le candidat se lancera dans un discours, mi-fond, mi-forme, sans notes, mais visiblement appris par cœur. Pour preuve, cette phrase, qu’il ressort à chacune de ses apparitions : « on a oublié de mettre des radars sur les routes de la finance » ou encore le « G-vain ».

Peu d’applaudissements, mais une écoute

Si la finance est son principal cheval de bataille, les délocalisations, notamment en Asie, ont aussi occupé une place dans son discours. « Les ouvriers européens sont aujourd’hui placés en concurrence déloyale avec les ouvriers asiatiques payés quarante fois moins cher. [Par exemple, Renault] fabrique du made in France en dehors de France. »

Dans la salle, l’attention est là, mais est moins exprimée que dans les autres meetings, les applaudissements se faisant peu nombreux, après une longue écoute. Quant aux médias télévisés, seule la chaîne TLM se sera déplacée, environ vingt-trente minutes avant la fin. Côté discours, la première personne du pluriel est souvent préférée au «  je  ». Nicolas Sarkozy ne sera cité qu’une seule fois et, de mémoire, Arnaud Montebourg sera le seul des candidats à mentionner explicitement dans son discours le programme commun, qu’il juge « ambitieux » : « nous avons de grands projets, mais tous les projets socialistes ne vaudront rien si on ne met rien en place contre la finance ». « L’ensemble de ces propositions ne sont pas dans le projet socialiste, elles ne sont pas en contradiction avec le projet socialiste ; elles sont la permission du projet socialiste. »

Montebourg a « raison trop tôt »

Et d’énumérer, pêle-mêle, quelques uns de ses objectifs : pénalisation de l’évasion fiscale, interdiction de la spéculation, séparation des banques en plusieurs morceaux. Autant de promesses pas forcément évidentes à mettre en place, mais qui présentent l’avantage, au moins de prime abord, de n’être que des promesses politiques qui ne font pas appel au budget étatique. Néanmoins, la conséquence de ces décisions pourrait avoir un impact budgétaire à moyen et long termes. Mais, pour cela, il se réfère à l’action d’un ancien président américain : « Il n’est pas question, pour moi, de vous parler de nationalisation. En 1933, Roosevelt a cassé les reins de Wall Street avec des mesures fortes, drastiques, draconiennes. Je défend un protectionnisme assumé ». Un projet, donc, essentiellement axé sur l’économie. « Toutes les dettes nées dans la crise ne pourront être payées par les classes moyennes et populaires. »

En guise de conclusion, un brin désabusée : « Je fais partie de ces hommes politiques qui en ont marre d’avoir raison trop tôt », citant ses positions prises il y a plusieurs années concernant les paradis fiscaux et les affaires de Jacques Chirac. 21h40, fin de la soirée.

Loïc Blache (texte et photos)

Premier volet : Ségolène Royal
Deuxième volet : François Hollande
Troisième volet : Martine Aubry

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Paroles de spectateurs :

Rencontrés juste à la fin du meeting, Françoise, ancienne enseignante, et son mari, Pierre, ancien chercheur au CNRS, tous les deux 70 ans, pourraient parler pendant des heures. « Le programme d’Arnaud Montebourg, c’est le Glass Tiegel de Jacques Cheminal, avec la mise en déroute des banques », analyse le chercheur, sympathisant socialiste. « Sur le plan financier, il a raison ! » Très politisés, les deux Lyonnais ne seront venus qu’au meeting de ce soir-là, mais assurent qu’ils suivent tous les autres discours par Internet. Madame étant une ségoléniste convaincue (elle est militante socialiste depuis la candidature de Ségolène Royal en 2007), Pierre poursuit : « les idées des deux sont très proches : Montebourg a les mêmes approches sur la finance, mais en plus radical. On est arrivé à la fin d’un système et il faut prendre des solutions radicales. »


2 commentaires
  1. CommentsMartine Aubry, l’anti-star | Free-Landz   |  Jeudi, 06 octobre 2011 à 11:23

    [...] Premier volet : Ségolène Royal Deuxième volet : François Hollande Quatrième volet : Arnaud Montebourg [...]

  2. CommentsL’humoriste Hollande | Free-Landz   |  Jeudi, 06 octobre 2011 à 11:24

    [...] Premier volet : Ségolène Royal Troisième volet : Martine Aubry Quatrième volet : Arnaud Montebourg [...]


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