Mardi 29 mai
oct
01/11
Martine Aubry, l’anti-star
Mise à jour le Dimanche 9 octobre
Ecrit par Loïc Blache

Martine veut des emplois
« matin, midi et soir »

En vue des primaires citoyennes (9 et 16 octobre), Free-Landz décrypte les déplacements lyonnais de quatre des six candidats. Troisième volet : Martine Aubry.

À l’entrée : « les jeunes, c’est la porte de droite », nous dit-on. Et, bizarrement, c’est par ce côté de la salle que la star de la soirée arrivera. Ce sera donc entourée de « djeuns  » que Martine Aubry apparaîtra devant les caméras. Une «  technique de com’  » qu’avait dénoncé Le Petit Journal le 8 septembre dernier. La salle, au premier étage du Centre social et culturel de Villeurbanne, se situe juste au-dessus de celle qui avait accueilli Ségolène Royal. Y aurait-il un signe caché dans ce choix de salle ou ne serait-ce qu’une coïncidence ? Sur l’écran, un logo : «  M A, présidente 2012  », écrit en blanc dans un cercle à fonds rouge et bleu. Et, dans la salle, la main et la rose du Parti socialiste s’affichent en plusieurs endroits, comme pour montrer une candidature qui serait légitimée et autorisée par le Parti. Des deux déplacements déjà suivis, la candidate est la seule à avoir employé un tel symbole.

« Martine n’est pas là ?! »

Martine Aubry était donc de passage dans la région lyonnaise jeudi 22 septembre. Après une introduction assurée par un Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, « rompu à cet exercice » comme il le dit lui-même (il a assuré la présentation des meetings de S. Royal et F. Hollande), cette question : « Martine n’est pas là ?! ». Comme si les soutiens de la première secrétaire du PS présents sur la scène avaient voulu donner du crédit à l’image, pas vraiment flatteuse, que les Guignols véhiculent de la socialiste : une personne effacée, sans réel charisme, invisible. L’entrée dans la salle se fera sans musique, sobrement et, chose désormais exceptionnelle pour un socialiste, à l’heure. Cachée derrière un pupitre légèrement trop grand, Martine Aubry restera droite, oscillant d’avant en arrière, de ses talons à ses orteils. La gestuelle, à l’instar de Royal, est limitée.

Nicolas Sarkozy est régulièrement visé et nommément cité dès son introduction. Premier thème abordé, la « crise ». Critiquant la « règle d’or » (« une vague règle qui ne résout rien »), la candidate n’hésite pas à parler au nom des « Français ». Un élément de langage, certes un peu prétentieux, mais qui fait toujours son petit effet. Dans son discours, les « nous » côtoient les « je ». Martine Aubry n’hésite pas à mettre en avant ses actions et assure à plusieurs reprises qu’elle est allée « di[re] au Président » les erreurs commises et ce qui n’allait pas. Est-ce la volonté de se montrer déjà comme une présidentiable, quelqu’un qui va à la rencontre des autres décideurs pour négocier, parlementer… ? Les critiques continuent : la taxe sur le tabac et l’alcool (« est-ce que c’était le moment dans une période difficile pour le pouvoir d’achat ? »), l’appel des riches à payer plus (« j’ai cru que c’était un gag »). Et dans ses actions : « nous avons voté, avec les PS européens, le principe au Parlement européen de taxation des transactions financières. Je ne parle pas du recul de la mondialisation, car nous devons la gérer. »

Un « droit à l’emploi toute la vie »

Quand la salle applaudit, la socialiste reste comme impassible, distante, ne se satisfaisant jamais (si, une seule fois) de ces encouragements, et les interrompant même régulièrement. En bref, elle apparaît ici comme quelqu’un qui ne veut pas en tirer gloire, qui pense que tout est fond et que la forme, au final, importe peu.

Quant à son programme, elle en développe sa principale « priorité » : « L’emploi doit être le sujet numéro 1 du gouvernement matins, midis et soirs ». Applaudissements. « Martine, présidente ! », clame la salle. Elle boit, puis enchaîne avant même que l’ovation ne se termine. « Nous voulons que les PME aient une taxe sur les sociétés plus basse si elles redistribuent leur bénéfice. » Défendant un « droit à l’emploi tout au long de la vie », elle prévoit 30.000 nouveaux emplois aidés et assure avoir « déjà prévu une loi qui interdit un stage non rémunéré à la sortie des études ». Toujours sur l’emploi : « ma première loi sera symbolique et portera sur l’égalité salariale », continue-t-elle. Applaudissements. Les « Martine, présidente ! » reprennent. Un léger sourire s’esquisse sur le visage de la socialiste : « je vois même des hommes applaudir ! ». L’hôte de la soirée fera aussi une incursion dans l’écologie, affirmant vouloir mener une politique de l’eau avec « des tarifs financiers différents selon l’usage qui en est fait, s’il s’agit d’eau pour boire ou pour la piscine ».

Une salle bondée et des figurants

Puis, pêle-mêle : Kadhafi, l’espionnage des journalistes, la reconnaissance d’un État palestinien. Au fond de la salle, un malaise ; la personne est évacuée. « Je n’ai pas envie de battre Nicolas Sarkozy pour battre Nicolas Sarkozy. Je veux d’abord changer la politique qui est menée. » 19h, la soirée est terminée. Des boissons sont distribuées au public, qui avait répondu présent en masse : six cents personnes dans la salle et environ trois cents autres, obligés de suivre le discours de l’extérieur.

Martine Aubry s’en ira rapidement de la scène, non sans une rapide photo de famille et quelques mots aux caméras et micros des journalistes présents. Au final, elle aura monopolisé la parole pendant une petite heure. Monopolisé car, à l’exception de Jean-Paul Bret pour l’introduction, les quatre soutiens politiques présents sur scène à ses côtés (Nathalie Perrin-Gilbert, maire de Lyon 1er, Annie Guillemot, maire de Bron, et Pascale Crozon et Pierre-Alain Muet, députés du Rhône) n’auront fait que de la figuration assise ; une attitude qui tranche avec les meetings de Royal et Hollande.

Loïc Blache (texte et photos)

Premier volet : Ségolène Royal
Deuxième volet : François Hollande
Quatrième volet : Arnaud Montebourg

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Paroles de spectateurs :

Françoise, 71 ans, est militante PS depuis 1982. Cette habitante de l’Ain, ancienne «  popereniste  » (Jean Poperen, ancien Ministre chargé des relations avec le Parlement sous Rocard et Cresson, ancien député PS du Rhône et maire de Meyzieux de 1977 à sa mort en 1997, NDLR], se définit comme «  martiniste », socialiste qui représente la mieux, selon elle, le courant de pensée de son ancien mentor. « Elle a la légitimité du parti. Que ce soit la redistribution, l’éducation, la sécurité des personnes…, elle incarne tout ça, et elle l’a prouvé sur le terrain. »
Sur le parvis du Centre social, Oussama, un « futur adhérent PS », était déjà venu voir Royal lors de son passage. « Je suis partagé entre Hollande et Aubry. Après le meeting de ce soir, je pencherai un peu plus pour Aubry. Elle est intéressante et a du charisme. » Ce qui a touché cet étudiant en droit et science politique ? « L’aide à l’éducation pour les jeunes […] Et elle pointe beaucoup les défauts de la droite ! »


3 commentaires
  1. CommentsL’humoriste Hollande | Free-Landz   |  Mardi, 04 octobre 2011 à 18:03

    [...] volet : Ségolène Royal Troisième volet : Martine Aubry Quatrième volet : Arnaud Montebourg Cinquième volet : Jean-Michel Baylet (à [...]

  2. CommentsLe « ménage » de Royal | Free-Landz   |  Mardi, 04 octobre 2011 à 18:03

    [...] volet : François Hollande Troisième volet : Martine Aubry Quatrième volet : Arnaud Montebourg Cinquième volet : Jean-Michel Baylet (à [...]

  3. CommentsLe couple Montebourg-Taubira en guerre contre la finance | Free-Landz   |  Mercredi, 05 octobre 2011 à 00:18

    [...] volet : Ségolène Royal Deuxième volet : François Hollande Troisième volet : Martine Aubry Cinquième volet : Jean-Michel Baylet (à [...]


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